Entrevue avec Claude Desrosiers, responsable du programme Ressources fauniques à l’école du Mistral

Anthony Guay-Tremblay

Au cours des dernières semaines, j’ai eu la chance de faire plusieurs entrevues avec les responsables des programmes des options de secondaire 4.

Voici la troisième d’entre elles, avec Claude Desrosiers, enseignant de sciences au Mistral et responsable du programme Ressources fauniques.



Journaliste
Bonjour tout le monde. Aujourd’hui je suis en présence de Claude Desrosiers, enseignant de sciences au Mistral et responsable du programme faune et parcs. Bonjour Claude.

Claude
Oui. Tout d’abord, je dois préciser que ça s’intitule ressources fauniques ici à l’école du Mistral, mais au niveau du ministère de la faune ils ont appelé ça le programme faune. Ici, le cours porte le nom de Ressources fauniques.

Journaliste
OK. Premièrement, décrivez votre programme en trois mots.

Claude
Trois mots ça va être assez compliqué mais en même temps je dirais que c’est activités extérieures en lien avec la nature.

Journaliste
En général, quel est le contenu de votre programme?

Claude
La priorité ou l’esprit de ce programme-là, c’est de faire un maximum de sorties, à raison au minimum d’une sortie extérieure par mois. À date, ça a varié de une à deux sorties par mois. C’est arrivé des fois qu’on fasse deux sorties par mois. Combiné à ça, des cours théoriques en classe où c’est orienté sur les activités de la nature. Tout ce qu’on peut faire dans la nature, incluant comme de raison chasse, pêche et piégeage, mais ça ne se limite pas à ça. C’est tout ce qu’on peut faire à l’extérieur.

Journaliste
Depuis combien de temps ce programme existe-t-il?

Claude
C’est la première année. C’est un projet pilote, ce qui veut dire qu’on est la seule école au Québec à l’avoir sous forme d’option, même s’il se donne au Paul-Hubert, là-bas c’est sur la formule arts-sports-études, donc une formule très différente.

Journaliste
OK. Qu’est-ce qui a mené à sa création?

Claude
C’est le ministère qui est arrivé après un an ou deux de réflexion parce qu’il s’inquiétait un peu du désengagement du public, en général, par rapport à la nature. Tout le monde aime ça la nature, tout le monde veut en entendre parler, mais quand c’est le temps d’y aller, on dirait que les gens ne savent pas quoi faire ou comment utiliser la nature ou comment en profiter. C’est toujours limité au même petit groupe donc il voulait développer, intéresser ça à d’autres gens qui n’y auraient peut-être pas pensé ou qui sont intéressés, mais qui ne savent pas comment le faire. Donc le cours sert un petit peu à ça, pour différents aspects.

Journaliste
Quel genre d’élève votre programme attirerait-il?

Claude
C’est sûr qu’au départ, quelqu’un qui aime la nature ou les animaux ou les plantes ou tout ce qui touche l’environnement, mais je dirais en priorité, il ne faut pas non plus être ce que j’appellerais des patates de salon. Il faut aimer aller à l’extérieur, s’exposer aux intempéries, parce que les sorties ont lieu peu importe les conditions. Pour donner un exemple, on a commencé l’année avec une sortie aux noisettes, on est allé récolter des noisettes, donc quand je dis que ce n’est pas toujours relié à la chasse, la pêche, le piégeage, c’en est un bon exemple, mais il pleuvait, donc on s’est équipé en imperméable, on s’est habillé en conséquence, on a ramassé des noisettes et ça été très agréable. Faut pas être fait en chocolat.

Journaliste
Quelles sont les compétences nécessaires pour participer?

Claude
Aucune compétence, tout ce que je demande c’est un intérêt. J’ai même des jeunes de l’adaptation scolaire qui s’ajoutent sans aucune difficulté, sans aucun problème. Les critères académiques sont minimes, c’est vraiment plus la motivation et l’intérêt à faire des activités à l’extérieur.

Journaliste
Quelles compétences le jeune pourrait-il acquérir?

Claude
Ça l’air surprenant, mais comme exemple, cette année, on a reçu un cours d’orientation en forêt, donc de survie, avec un intervenant qui travaille pour La Grande Ourse, l’organisme de survie qui fait de la recherche en forêt, et il a donné une multitude de trucs pour survivre en forêt si on est perdu et autres. Le fait de se garantir une sécurité encourage les gens à aller explorer un petit plus. Si on n’est pas trop ferré, on ne sait pas trop comment se retrouver, on n’a pas tendance à aller dans la nature ou à l’exploiter mais quand on y va plus profondément,  s’il y en a qui prennent des chances sans avoir les connaissances, c’est là qu’ils se perdent, et il a raconté plusieurs anecdotes où les gens ont été retrouvés, mais trop tard. Déjà ça, c’est quand même un élément bien quand on veut profiter de la nature, et en revenir vivant je pense que c’est assez positif.

Journaliste
Qu’est-ce que vous aimez le plus de votre projet?

Claude
C’est la diversité des sujets. À date, en carrière, j’ai toujours été quelqu’un de proactif au niveau de la nature de toute façon, je veux dire ceux qui m’ont eu comme élève me connaissent bien là-dessus, mais j’avais de la difficulté à avoir un ou deux intervenants quand je réussissais, sinon je n’en avais pas. Là, depuis le début de l’année, on est au mois de décembre, on est rendu à cinq intervenants différents qui viennent. Ce sont des conférenciers, des spécialistes. J’ai eu une mycologue, j’ai eu pour en l’orientation un spécialiste de la survie, un ornithologue, j’ai eu un spécialiste des mammifères et on a même fait la visite de la pourvoirie Lechasseur. Donc on est allé sur le terrain, on a assisté au dépeçage d’orignaux. Toutes ces activités-là, c’est incroyable, même pour moi à titre personnel. Pourtant je suis familier avec ça, mais moi ça m’épate, ça me dépasse.

Journaliste
Qu’est-ce que votre activité peut offrir pour le futur des étudiants?

Claude
Un peu comme je disais, le principe de culture générale, de débrouillardise et le fait de dire que déjà si on a un intérêt pour aller en nature, ça permet de développer d’autres intérêts connexes, parce que si on est naturellement quelqu’un qui aime la chasse, on touche à la pêche, on touche à la récolte de nourriture, de champignons, de fruits, toutes sortes d’autres choses. Ça développe des connaissances connexes donc quand on retourne après ça dans la nature, on la voit différemment, peu importe notre vision initiale. Que ce soit quelqu’un qui n’en avait aucune, donc là ça la développe tout simplement, il y a de quoi à faire de très intéressant, mais même quelqu’un d’habitué, moi le premier, je suis quelqu’un qui allait déjà beaucoup en nature, et avec juste les six mois qu’on vient de faire, parce que le projet pilote commence, ma vision a déjà changé, à titre personnel. J’imagine un élève qui n’a pas mon expérience, mon intérêt, même si c’était quelqu’un qui allait déjà en nature, la vision de la nature change énormément. On ne peut plus la voir de la même manière.

Journaliste
Êtes-vous satisfait du statut de votre programme? Si oui, pourquoi? Sinon, que voulez-vous améliorer?

Claude
Là c’est sûr que c’est un projet pilote, donc tout est à faire, à ajuster, à travailler, on ne se le cachera pas, il y a beaucoup d’improvisation. L’année prochaine, ça devrait quand même être un petit peu plus rodé mais ça reste pareil que l’an deux est différent de l’an un. Les jeunes qui sont en secondaire quatre dans le groupe peuvent le reprendre l’année prochaine et on va faire d’autres choses. Comme il n’y a pas de préalable ou de prérequis, un jeune qui rentre dans ce groupe-là, qu’il soit en quatre ou en cinq, ce n’est pas grave. Les sujets abordés l’année prochaine et cette année vont être différents mais ce n’est pas nécessaire d’avoir la base. Par contre, c’est sûr que pour les sorties, parce qu’il y a des sorties les jours dix ou les fins de semaine, on essaie d’avertir plus qu’une semaine à l’avance. Cette année, c’est arrivé à quelques reprises. Ce n’est pas toujours évident d’avertir pour des activités comme ça longtemps d’avance, mais c’est un peu ce qu’on cherche à améliorer. On a une sortie prévue, là on est le 19 décembre, on a une sortie de pêche sur glace à faire pour le 18 janvier. On avertit un mois d’avance donc les jeunes peuvent prendre toutes les dispositions qu’ils veulent. S’il y en a qui travaillent ils peuvent demander un congé à l’employeur et tout ça c’est sans frais. On va sur la ZEC. Ça c’est un exemple d’activité très intéressante, accessible à tout le monde et qui ne coûte rien.

Journaliste
Où voyez-vous votre projet dans cinq ans? Dans dix ans?

Claude
C’est sûr que cette année on est à un gros groupe. Donc mon objectif, c’est un peu paradoxal, c’est d’augmenter le nombre d’élèves pour pouvoir diviser en deux groupes. Faire deux petits groupes, ça serait l’idéal, parce que là on est vingt-six, à vingt-six aller sur le terrain, ce n’est pas toujours facile. Ce serait plus idéal d’avoir deux groupes de dix-huit, c’est sûr que ça sous-entend qu’on est rendu à trente-six inscriptions, ça serait un petit peu ça mon rêve de tomber à deux groupes un peu plus petits pour pouvoir multiplier les activités et pour que ce soit plus facile à gérer. Mais ça l’avenir nous le dira. Le programme est à bâtir sur trois ans, donc déjà finir la première année, ça va être un défi pour moi.

Journaliste
C’est tout ce que j’avais à demander, merci beaucoup.

Claude
Merci.

Voilà.
Cette entrevue est la troisième d’une série de quatre entrevues avec  les enseignants responsables des  options de 4e secondaire.