Entrevue avec Louise Bouliane, responsable du Français Théatre à l’école du Mistral

Anthony Guay-Tremblay

Au cours des dernières semaines, j’ai eu la chance de faire plusieurs entrevues avec les responsables des programmes des options de secondaire 4.

Voici la deuxième d’entre elles, avec Louise Boulianne, enseignante de Français et de théâtre à l’école du Mistral.



Journaliste
Bonjour Louise

Louise
Bonjour

Journaliste
Que faites-vous à l’école?

Louise
J’enseigne le français et le théâtre.

Journaliste
OK. Décrivez votre programme en trois mots.

Louise
Pour le programme de théâtre, trois mots… Amusant, défi et confiance.

Journaliste
En général, quel est le contenu de votre programme?

Louise
Quand on parle du programme de théâtre, ce qu’on fait, c’est que la première partie de l’année, on se prépare, on apprend à se connaître, à se connaître en groupe, on fait des activités, on touche à différents éléments liés au théâtre. On va toucher à l’expression corporelle, on va toucher au travail avec les émotions, à la création de personnages, à l’improvisation. Il y a vraiment beaucoup d’éléments variés qu’on va aller voir, sur lesquels on va se former et on va aussi travailler souvent dans un spectacle qui va regrouper le département de musique avec nous, comme le spectacle d’épouvante cette année. Puis après ça, souvent après les fêtes, c’est là qu’on va commencer à monter la pièce proprement dite qu’on présente toujours autour du mois de mai.

Journaliste
Depuis combien de temps ce programme existe-t-il?

Louise
C’est une bonne question. Moi, ça fait plusieurs années que je l’enseigne, mais il y avait des gens qui l’enseignaient avant moi. Je pense que ça fait plus de vingt ans qu’il existe, ce programme- là.

Journaliste
Qu’est-ce qui a mené à sa création?

Louise
Le désir d’offrir cet art aux élèves. Dans le théâtre, on peut vraiment apprendre à se connaître soi-même. Ça a l’air curieux de dire ça quand on interprète des rôles en étant quelqu’un d’autre, mais […] ça aide beaucoup au niveau de la confiance. Je vois mes élèves gagner en confiance à chaque année. Je les vois progresser, apprendre à se sentir mieux en groupe aussi, à être plus à l’aise devant les gens. Il y a aussi, dans le théâtre, une magie qui fait qu’il y a toujours des gens qui vont être intéressés à l’offrir aux autres et en même temps à le faire.

Journaliste
Quel genre d’élève votre programme attirerait-il?

Louise
N’importe quel élève, en fait. Il y a des gens, des fois, qui me disent « Moi, je suis gêné, je ne prendrai pas théâtre », mais pourtant, c’est vraiment un cours dans lequel, très progressivement, les gens apprennent à travailler là-dessus, à se dégêner et à se dépasser soi-même. De ce point de vue-là, il n’y a pas de limite. Tout le monde pourrait prendre ce cours-là parce que c’est un cours où on a vraiment du fun. C’est un cours où on n’est pas assis dans une classe, on travaille toujours en atelier, on bouge, on apprend des choses, mais c’est toujours dans le plaisir. C’est un cours que tout le monde peut apprécier, que tout le monde peut aimer.

Journaliste
Quelles sont les compétences nécessaires pour participer?

Louise
Juste le goût d’aller plus loin, le goût de se dépasser, le goût de vivre une belle aventure en gang. Ce ne sont pas nécessairement des compétences, ce sont plus des caractéristiques ou des besoins, mais je pense que tout le monde progresse dans ce cours-là. Tout le monde va s’améliorer, peu importe d’où on part, peu importe si on a un talent brut en théâtre ou si on a vraiment un petit peu moins de naturel. Tout le monde va progresser, tout le monde va devenir meilleur, tout le monde va offrir une belle performance. On travaille vraiment pour ça.

Journaliste
Ça prend vraiment un désir de participer.

Louise
Oui, c’est sûr que ça prend un désir de participer. On ne peut pas être assis à ne rien faire pendant ce cours-là, sinon c’est plate. En même temps, […] on apprend à découvrir les qualités et les points positifs des autres et on se retrouve à les utiliser quand vient le temps de monter la pièce.

Journaliste
Quelles compétences le jeune pourrait-il acquérir?

Louise
La capacité à parler devant les gens, à être à l’aise devant les gens, ça arrive que des élèves viennent me voir et me dire «Maintenant, faire un exposé, ça ne me dérange tellement plus, on dirait que c’est correct là, c’est plus facile» et ça, vraiment, je pense que c’est une capacité que les gens peuvent développer dans le théâtre. Développer aussi le petit côté artistique qui est plus que juste interpréter un personnage, mais l’espèce de vision globale que ça prend aussi, parce qu’il y a plein de choses qui vont aller dans ce programme-là. On va travailler sur des costumes, on va travailler sur des décors, on va travailler aussi sur des déplacements, de la gestuelle, on va vraiment créer un monde et pour créer un monde il faut aller un petit peu plus loin que juste son personnage à soi. Donc je pense que les gens apprennent à développer ce petit côté artistique-là qui est un peu multi arts, on pourrait dire ça. Également, le travail d’équipe. On apprend à développer ça beaucoup en théâtre.

Journaliste
Qu’est-ce que vous aimez le plus de votre projet?

Louise
Voir mes élèves évoluer. Ça, c’est toujours ce qui me fait le plus plaisir, les voir changer, les voir progresser, les voir être fiers d’avoir réussi à produire une pièce parce que c’est quand même du travail. On travaille fort. On travaille dans le plaisir, mais on travaille fort. Les voir arriver sur scène et produire avec de la confiance et être capable de produire ce pour quoi ils ont travaillé si fort, moi, voir le résultat et voir leur satisfaction, leur fierté, c’est toujours ce qui me fait le plus plaisir. Mais moi j’adore le théâtre aussi, sinon je ne ferais pas ça. Moi-même j’aime jouer, j’aime le théâtre, ça a toujours fait partie de ma vie donc pour moi c’est vraiment important et le faire découvrir à des jeunes et peut-être leur donner le goût d’en faire plus tard, c’est quelque chose qui est vraiment important pour moi.

Journaliste
Qu’est-ce que votre activité peut offrir pour le futur des étudiants?

Louise
Ce goût- là, peut-être, d’en refaire. J’ai des anciens élèves qui ont choisi de s’en aller en théâtre, ce n’est pas nécessairement le but pour tous, mais il y en a qui ont choisi cette voie-là parce qu’ils ont découvert ça ou qu’ils ont confirmé ça dans mon cours. Il y en a qui vont choisir de s’en aller plus du côté de la scène, donc tout ce qui est création, soit des décors ou des costumes, scénographie, etc. Donc ça, ça peut être quelque chose d’intéressant. Ça peut donner aussi le goût aux gens de s’en aller en communications, de développer aussi des habiletés dans ce sens -là. Il y en a qui font de l’impro, aussi. J’ai plusieurs élèves qui ont intégré la ligue d’impro du Cégep de Rimouski. Ça aussi c’est une bonne idée, une belle opportunité, une belle chose qui est à découvrir.

Journaliste
Êtes-vous satisfaite du statut de votre programme? Si oui, pourquoi? Sinon, que voulez-vous améliorer?

Louise
Je pense que mon programme s’insère bien dans ce qui est déjà présent à l’école. C’est un cours optionnel. Le fait qu’il soit optionnel permet à tous les élèves d’y accéder. Si on décidait d’en faire un enrichissement, il y aurait des choix à faire, donc ça ne serait pas accessible à tous, donc ce n’est pas nécessairement là qu’il faut aller. Je pense que le fait que ça soit optionnel, avec ce nombre de périodes-là, c’est sûr que ce serait bien d’avoir plus de périodes pour monter un projet, mais on y arrive bien. On travaille en dehors des cours aussi, on fait quelques répétitions ce qui fait que ça apprend aussi aux gens à s’organiser dans le travail et dans l’horaire. Je pense que mon programme est apprécié, je crois que les gens aiment ça venir voir les pièces à chaque année, venir découvrir vers quoi on s’est en allé, parce que d’une année à l’autre, ce n’est jamais pareil. On a toujours des projets différents et je pense que les gens, autant ceux qui en font que les gens qui le côtoient pour le voir et pour voir les pièces apprécient ce programme-là. Pour moi, c’est plutôt bien.

Journaliste
Où voyez-vous votre projet dans cinq ans? Dans dix ans?

Louise
Encore en évolution. J’aimerais ça être encore là pour le donner et qu’on veuille encore de moi pour le faire, mais on se lance tout le temps des nouveaux défis. On a fait quelques comédies musicales, on n’en fait pas chaque année parce que c’est énormément de travail, on ne pourrait pas supporter tout ça, mais avec les professeurs d’harmonie on a ce projet-là de temps en temps qui revient, ce qui nous permet de pousser nos élèves un peu plus loin et de leur offrir un projet plus global ou plus important, mais sinon, j’espère trouver encore plein de beaux défis pour mes élèves, j’espère que j’aurai encore plein d’élèves intéressés à vivre cette belle aventure-là qu’est le théâtre, mais dans cinq ans, pour  moi, toujours en évolution, toujours dynamique, toujours intéressant. Je le vois là, j’espère.

Journaliste
Merci. C’était ma dernière question.

Louise
Merci.

Voilà.
Cette entrevue est la deuxième d’une série de quatre entrevues avec différents enseignants responsables des options de 4e secondaire.